lundi 22 juillet 2013

Les Juifs ne sont pas des Colomb

En 1492, suite aux informations que j’avais données à Vos Altesses, Roi et Reine d’Espagne, elles pensèrent m’envoyer aux Indes, pour y voir comment on pourrait y convertir les peuples à notre Sainte Foi. - Christophe Colomb (Introduction au Journal de bord, 1492).

L’idée que Christophe Colomb aurait été juif est très à la mode depuis quelque temps. Il semble qu’elle ait été inspirée par la coïncidence dans le temps entre son fameux voyage et l’expulsion des Juifs d’Espagne. Il en faudrait pourtant un peu plus pour étayer ce genre de thèse !

Certains auteurs ont soutenu une théorie selon laquelle Cristobal Colón aurait été un « converso », c’est-à-dire un Juif de la péninsule ibérique converti au christianisme. Simon Wiesenthal aurait postulé que « Colomb était un Séfarade soucieux de cacher son judaïsme mais aussi désireux de trouver un lieu de refuge pour ses compatriotes persécutés. » (Wikipedia)

Je peux me tromper, mais tout cela ne me paraît pas très sérieux.

Cristoforo Colombo est le plus souvent considéré comme génois (donc italien, diront certains), même si une théorie faisant de lui un Portugais a aussi cours dans les écoles depuis longtemps. « Par la suite, des hypothèses audacieuses ont fait de lui un Castillan, un Catalan, un Corse, un Grec, un Arménien », nous dit Wikipedia.

Quoi qu’il en soit, tout indique que notre voyageur n’était pas juif :

1) Christopher Columbus était ostensiblement catholique (et pieux, me souffle une de mes sources).

2) Son navire amiral s’appelait le Santa Maria, et l’iconographie indique que les voiles des caravelles de sa flotte étaient décorées d’une croix.

3) Colombo, Colón… un nom porté par des Juifs ? Parfois, peut-être. Mais cela ne prouve rien.

4) Un Juif aurait difficilement pu s’appeler Christophe (surtout à l’époque).

5) Si j’en juge par son portrait le plus célèbre, il ressemblait plus à Du Guesclin qu’à Maïmonide.

6) Cristòfor Colom était envoyé par Isabelle et Ferdinand, qui ne se seraient pas montrés aussi bien disposés envers un Juif, ni même envers un « converso », et ne lui auraient sans doute jamais confié une telle mission.

7) La meilleure preuve que son départ en 1492 n’avait rien à voir avec l’expulsion des Juifs d’Espagne, c’est que tonton Cristobal est revenu (il est même reparti et revenu plusieurs fois).

8) Enfin, il faut bien constater que suite aux intéressantes découvertes de ce monsieur, aucune autorité n’a jamais cherché à envoyer des Juifs aux Amériques ni aux Antilles (un certain nombre y ont migré, mais ils l’ont fait d’eux-mêmes).

vendredi 19 juillet 2013

Gustave Eiffel, pas plus juif qu’Auguste Bartholdi

Lors de la cérémonie du 14 juillet 2013 à l’ambassade de France en Israël, le président Shimon Pérès, décidément pas à une énormité près, avait cru pouvoir affirmer ceci :

« Les symboles de la France et des États-Unis sont le fruit du travail d’artistes français, je pense évidemment à la Tour Eiffel et à la statue de la Liberté. Ce que l’on sait moins, c’est que Gustave Eiffel était juif, donc nous avons aussi un petit rôle dans ces symboles. » (source : israelvalley.com)

J’imagine qu’il s’en est fallu de peu que le vieux Shimon ne nous annexe également l’autre artiste français en question, Auguste Bartholdi, l’auteur de la statue de la Liberté. Après tout, Félix Mendelssohn, dont on sait bien qu’il était né de deux parents juifs, ne s’appelait-il pas Bartholdy ?

Gustave Eiffel sur son lit de mort
Sachant que Gustave Eiffel figurait déjà sur ma liste, je peux certifier en faveur de Shimon Pérès qu’il n’est nullement l’inventeur de cette fable.

Gustave Eiffel est né sous le nom d’Alexandre Gustave Bönickhausen, un nom qui témoigne d’une origine allemande, mais non pas juive.

Son père s’appelait Alexandre Bönickhausen. Or, comme j’ai déjà eu l’occasion de le rappeler à maintes reprises, chez les Juifs, on ne donne jamais à un fils le prénom de son père.

Quant à la mère d’Alexandre Gustave Bönickhausen-Eiffel, elle s’appelait Catherine Moneuse et elle était la fille de Jean-Baptiste Moneuse et de Jeanne Peuriot. Moneuse et Peuriot ne sont pas des noms portés par des Juifs, sans parler du prénom Jean-Baptiste. C’est assez clair, je pense.

Selon Oury Wesoly, qui m’a précédé dans la dénonciation de ce racontar, la famille de Gustave Eiffel était catholique au moins depuis le XVIIe siècle. Ceci étant, note avec humour Oury Wesoly (mieux inspiré sur ce sujet que sur certains autres), les « complotistes » n’auront pas tout perdu : Eiffel était bel et bien franc-maçon. Ce qui ne l’aura nullement empêché de mourir en chrétien, comme en témoigne la photo ci-dessus.

jeudi 18 juillet 2013

Charlie Chaplin juif ? Des clous !

Le fait qu’il ait incarné un personnage juif dans un de ses films, Le Dictateur, aurait-il incité un certain nombre de gens à penser que Chaplin était juif ? Pourtant, dans ce même film, il incarnait aussi Hitler, et personne ne l’a pris pour un nazi.

Au même moment, faut-il encore le rappeler, les cinéastes juifs de Hollywood s’abstenaient de traiter ce sujet, de même que la plupart des journalistes juifs, aux États-Unis, se gardaient bien de dénoncer l’extermination de leurs coreligionnaires européens par le régime nazi. Cédaient-ils à des pressions ?

Il semble cependant que cette méprise ait une autre origine. À croire l’article que lui consacre Wikipedia, « La confusion fut entretenue entre autres par le FBI qui commençait tous ses rapports comme suit : Israël Thonstein alias Charles Chaplin. En fait, le Who’s Who de la communauté juive américaine avait auparavant affirmé que Chaplin était issu d’une famille nommée Thonstein, émigrée d’Europe de l’Est et établie à Londres depuis 1850. » (Source : Wikipedia, sur Charlie Chaplin et sur la Famille Chaplin)

Si cela est vrai, alors la fable de sa judéité serait... d’origine juive !

Sartre, dans ses Réflexions sur la question juive, citait Chaplin comme exemple de personnalité juive : preuve, s’il en était besoin, qu’un philosophe réputé peut très bien, dans ses écrits, reprendre à son compte un fait purement imaginaire. On retrouve la même erreur dans louvrage de Frans C. Lemaire Le Destin juif et la musique (Fayard, 2001).

Charles Spencer Chaplin était le fils de Charles Chaplin Senior et d’Hannah Harriett Pedlingham Hill, et il fut baptisé dans une église anglicane. Hill est un patronyme britannique et n’est pas un nom « juif » (il semble cependant que la mère de Chaplin ait eu des origines gitanes). Chaplin est un nom porté à la fois en Angleterre et en France, notamment dans la Sarthe. Importé de France, ce nom est une forme contractée de chapelin, variante de chapelain, mot qui désignait le prêtre chargé de dire la messe dans une chapelle particulière (sources : genealogie.com, 123genealogie.com et geneanet.org). Chaplin était donc, bien évidemment, un enfant de chrétiens.

On sait aussi que lorsqu’il lui était demandé s’il était juif, Chaplin répondait qu’il n’avait pas cet honneur.

Et s’il fallait une preuve supplémentaire que ses parents n’étaient pas juifs, on peut remarquer, ici encore, que l’intéressé avait reçu le prénom de son père. Lui-même donnera à son premier fils son propre prénom, Charles. Chez les Juifs, on ne donne pas à un fils le prénom de son père.

mardi 16 juillet 2013

Tati n’est pas Tati !

Merci à un lecteur attentif d’avoir relevé mon erreur à propos de Jacques Tati dans mon article sur Nicolas Hulot. J’avais dû confondre avec les magasins du même nom ! Un comble…

Tombe de Jacques Tati et de sa famille
En fait, le fondateur des magasins Tati ne s’appelait pas Tati (et pas Tata).

Comme quelqu’un m’a dit un jour que Jacques Tati était juif, et venant de vérifier (mieux vaut tard que jamais) quil ne l’était pas, je peux légitimement inclure le célèbre acteur et cinéaste dans ma liste.

Jacques Tati s’appelait en réalité Jacques Tatischeff.

Son père, né en 1875, était le fils naturel du comte Dmitri Tatischeff, général de l’armée russe et attaché militaire à l’ambassade de Russie à Paris. Sa mère s’appelait Rose Alinquant (Wikipedia).

Un comte et général russe, en 1875, ne pouvait pas être juif. Voilà pour le père.

Alinquant, ce n’est pas juif comme nom de famille. Voilà pour la mère.

Pour ceux à qui tout cela ne suffirait pas, ajoutons que Jacques Tati a fait des présentations au Lido tout au long des années 1940 à 1942, c’est-à-dire sous Pétain.

Enfin, il y a la tombe de Jacques Tati et de sa famille, avec une grande croix dessus.